L'embargo américain sur l'Iran est-il uniquement destiné à faire tomber le régime, ou est-ce aussi un moyen supplémentaire de pression sur la Chine?

L’énergie, le pétrole, a été une matière première stratégique depuis de nombreuses décennies. Probablement, les grands chocs pétroliers des années 70 et 80 appartiennent au passé. Ils n’avaient pas manqué néanmoins de nourrir la fameuse psychose collective il y a quelques années, dans les grands pays industrialisés, liée au risque du “Peak Oil”. Mais l’arrivée en trombe du progrès technique, c’est-à-dire du pétrole issu du schiste aux États-Unis, a profondément changé la donne. En effet, les États-Unis vont devenir auto-suffisants en matière énergétique dans quelques années. À y regarder de tout près, ce n’est pas encore réellement le cas. D’importantes questions d’approvisionnement et de logistique d’une part, mais aussi de qualité du pétrole d’autre part, restent à régler au cours des prochaine années. Qu’importe, la trajectoire est très claire: les États-Unis ne seront très bientôt plus dépendants du Proche et Moyen-Orient.

A l’ère de la transition énergétique, faut-il donc toujours autant se préoccuper de l’évolution des cours de l’or noir? Probablement oui, mais pour des raisons bien différentes désormais. Selon le fameux piège dit de Thucydide, les États-Unis s’opposeront à la montée en puissance de leur dangereux challenger – la Chine – jusqu’à la limite, tout comme Sparte et Athènes… C’est très probablement le cas mais probablement pas jusqu’à une confrontation directe dans un avenir très proche. Néanmoins, un vecteur de conflit majeur émerge – très rapidement – dans cette confrontation stratégique. Il s’agit du pétrole. Les États-Unis s’orientent vers l’autosuffisance grâce à leur schiste, alors que la Chine est plus dépendante de l’énergie que jamais.

 

Source : EIA

L’embargo américain sur l’Iran est-il uniquement destiné à faire tomber le régime des Mollahs à Téhéran? Ou est-ce aussi un moyen supplémentaire de pression sur la Chine? Pékin resserre non seulement ses liens avec la Russie et la cotation d’Aramco est également à l’étude en Chine. La Chine a la force politique et économique de ne pas respecter l’embargo américain sur le pétrole iranien … Au-delà de la question de l’approvisionnement, cela remettrait certainement en question le statut de pétrodollar de la devise américaine. Cela rendrait certainement furieuse l’administration Trump.

Les grands spéculateurs ne s’y sont pas trompés. La volatilité du pétrole reste d’actualité pour longtemps. Tant le facteur géopolitique que le facteur économique, voire spéculatif continueront d’animer les cours de l’or noir. Depuis le début de l’année 2019, les entrées et sorties des hedge funds sur les instruments dérivés liés au pétrole ont atteint des sommets. L’embargo sur l’Iran tout comme l’implosion du Venezuela ont attisé la convoitise des spéculateurs. D’ailleurs, ils ont constitué des positions nettes longues très importantes dans les instruments dérivés (futures) au cours des derniers mois qui sont en train, ces jours, de se dénouer dans la douleur! Bien sûr, la perspective d’une guerre commerciale et donc d’un ralentissement conjoncturel marqué pèsent sur le cours du brut. Mais il ne faut toutefois pas oublier d’autres facteurs beaucoup plus techniques, qui sont également en train de jouer un rôle négatif.

En résumé

  • on surveillera de très près les initiatives de la Chine sur le pétrole
  • on ne conclura pas trop vite à la récession parce que le pétrole chute brutalement
  • on gardera aussi à l’esprit l’influence marquée – quasi-mécanique à très court terme – des prix du pétrole sur les attentes d’inflation (en chute libre)

Les marchés obligataire et pétrolier angoissent et annoncent – à nouveau – un atterrissage économique difficile. Gare à l’excès de pessimisme qui avait été bien mauvais conseiller en T4 2018…

 

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