Ray Dalio a créé Bridgewater Associates qui gère plus de 160 milliards de dollars dans différents fonds dont le Pure Alpha fund qui parie sur les tendances macroéconomiques. Il pense que les marchés financiers sont à l’aube d’un changement de paradigme.

Toute la presse note la mauvaise performance d’un fonds géré par une personne considérée comme pratiquement un génie. En effet, le Pure Alpha fund a perdu 4,9% durant la première moitié de l’année alors que la moyenne des hedge funds se situe à +5.2% sur la période. Rappelons toutefois que ce fonds a affiché une performance de 14.6% (nette de frais) en 2018 alors que la majorité des fonds affichaient une performance négative. Notons que Bridgewater gère aussi «passivement» le All-Weather fund qui ne parie pas sur des tendances économiques. Ce fonds est en hausse de 13% à fin juin.

C’est dans ce contexte que Ray Dalio a écrit un document intitulé «Paradigm Shift» dans lequel il revient sur les différents changements de tendance depuis le début du 20ème siècle et esquisse le prochain.

La caractéristique principale des changements réside dans le fait que les individus se complaisent dans une situation qui peut devenir insoutenable. Par exemple, les investisseurs s’habituent à une volatilité basse et donc empruntent de l’argent qu’ils vont placer dans des poches plus volatiles. Ce faisant ils créent, d’une certaine façon, une volatilité qui affectera les marchés. Les exemples abondent et le document de Ray Dalio en cite plusieurs.

Les prix des marchés sont le reflet des attentes des investisseurs. Autrement dit, ils reflètent un consensus. Mais les consensus varient et donc il faudrait pouvoir anticiper ces mouvements. Ray Dalio observe que le consensus se base surtout sur des évènements récents mais assume aussi que les tendances qui ont existé, persisteront. Hélas, comme l’a montré l’histoire, rien n’est gravé dans le marbre.

Les périodes de changement répertoriées par Ray Dalio durant ces 100 dernières années sont au nombre de 10. Tout le monde se rappelle la période de 2000 à 2010 qui a vu l’explosion de la bulle Internet mais aussi la crise de 2008. Ces 10 années ont été caractérisées par une croissance économique faible (1,8% en moyenne) et par l’intervention des banques centrales qui ont imprimé de la monnaie. C’est ainsi qu’elles ressemblent aux années ’30.

La nouvelle tendance s’est dessinée dès 2009 avec des taux d’intérêt bas et des primes de risque élevées. Grâce à une structure de coûts qui bénéficiait à la fois d’un service de la dette très bas et d’une évolution technologique (automatisation), les prix des actions ont pris l’ascenseur. A cela s’ajoute la baisse des impôts mise en place par le président américain.

La situation actuelle semble extrêmement favorable mais la croissance économique mondiale est faible, les prix des actifs sont élevés et le consensus penche pour une inflation basse. Voyons historiquement comment se compare cette dernière période.

 

Source: paradigm shifts

 

Que s’est-il passé depuis 2009?

1. Les banques centrales ont baissé leurs taux d’une manière qui semble insoutenable pour Ray Dalio. Cette situation est certes favorable pour les débiteurs mais très dommageable pour les créditeurs. Combien de temps ces derniers laisseront les banquiers centraux délivrer des rendements réels négatifs?

2. Grâce à un afflux d’argent «pas cher», les entreprises ont massivement racheté leurs propres titres ou ont été encouragées à entreprendre des fusions/acquisitions. Ce faisant, elles ont poussé les cours des actions à la hausse. Les gains profitent aux investisseurs mais pas au système économique. Pas de création réelle de valeur pour le commun des mortels d’où émergence d’une vague anticapitaliste.

3. Les marges bénéficiaires progressent grâce à l’avancée technologique et à la globalisation. Il y a donc une pression sur les salaires. Cette situation ne peut pas continuer au même rythme.

 

Source: paradigm shifts. Que pourrait-il se passer durant les prochaines années?

4. Le cadeau fiscal de Trump a eu un effet pervers sur le cours des actions. Evidemment cette situation ne peut se répéter à souhait.

Ces quatre points ont fortement influencé le cours des actions. Le graphique suivant montre comment l’indice S&P 500 aurait réagi s’il n’y avait pas eu ces quatre évènements

 

Source: paradigm shifts

 

Que pourrait-il se passer durant les prochaines années?

Voyons ce que dit Ray Dalio: Sur les marchés, on dit que «celui qui vit près de la boule de cristal est destiné à manger du verre dépoli». Je ne sais pas exactement quand ni comment se produira le changement de paradigme, mais je partagerai mes réflexions à ce sujet. Je pense qu’il est fort probable que dans les prochaines années, 1) les banques centrales seront à court de stimulants pour dynamiser les marchés et l’économie lorsque celle-ci sera faible, et 2) il y aura une énorme quantité de dette et de non dettes (par exemple, pensions et soins de santé) qui surgiront et qui ne pourra pas être financée par des actifs. Autrement dit, je pense que le paradigme dans lequel nous nous trouvons va très probablement prendre fin si a) les rendements des taux d’intérêt réels sont poussés si bas que les investisseurs qui détiennent la dette ne voudront plus la conserver et commenceront à adopter quelque chose de mieux et b) simultanément, le besoin important d’argent pour financer les engagements contribuera au «grand resserrement». À ce stade, il n’y aura pas assez d’argent pour subvenir à ces besoins, il y aura une combinaison de gros déficits, de dévaluations monétaires et de fortes augmentations d’impôts, qui vont probablement aggraver les conflits entre les nantis capitalistes et les autres. Très probablement, pendant cette période, les créanciers recevront des rendements nominaux réels très faibles ou négatifs dans des devises faiblissantes, ce qui constituera de facto un impôt sur la fortune.

Ray Dalio conclue son intervention en conseillant évidemment de réduire le risque dans les portefeuilles et, en contrepartie, d’ajouter de l’or.

 

C’est quoi le All-Weather fund ?

 

Source: lazyportfolioetf.com

Attention, ce portefeuille est destiné aux investisseurs américains. Si les investissements en or, matières premières et actions sont d’actualité pour des investisseurs suisses ou européens, il est plus difficile de répliquer la poche obligataire. Vu les rendements négatifs de cette classe d’actifs, il n’y a aucun sens d’y engager le moindre centime.