L’univers d’investissement en actions de pays émergents est large. Dans le secteur des fonds actifs et passifs le choix l’est tout autant. Alors que choisir?

Comme nous l’avions déjà plusieurs fois écrit, il existe plusieurs véhicules d’investissement dont les deux grandes catégories sont les ETF et les fonds dits actifs. L’utilisation des uns ou des autres dépend de plusieurs facteurs propres à chaque individu ou société. Cependant il est bon de rappeler que lorsque le choix s’oriente sur un ETF, celui-ci comportera les bons comme les mauvais élèves. Pour un choix plus chirurgical, il est préférable de prendre le temps de sélectionner un fonds géré activement. C’est plus risqué mais ceci permet aussi de raconter une histoire à son client ou à soi-même.

Avantage et inconvénient de l’usage d’un ETF

L’avantage souvent mis en avant par certains spécialistes réside dans la structure de coût de gestion. L’ETF semble être bien mieux positionné que son cousin actif. Revers de la médaille, l’ETF réplique un indice qui, comme mentionné précédemment, comporte tous les élèves de la classe.

Certes, certains ETF introduisent des filtres qui permettent d’éliminer certains titres ou biais mais il n’en demeure pas moins que la gestion restera ensuite passive. Dans un environnement aussi versatile, il est difficile de vivre sans une certaine souplesse dans le choix des titres. Alors faut-il acheter et vendre des ETF en fonction des prévisions de marché ? C’est une solution mais qui introduit des frais de transaction.

Les ETF investis dans les actions de pays émergents n’échappent pas à la règle. Comme nous l’avions souligné dans un précédent article, certains pays représentent l’essentiel d’un indice MSCI Emerging Markets. Donc la réplication d’un ETF sera faite à l’identique.

Pourquoi alors le choix d’un fonds actif?

Dans le compartiment des actions de pays émergents, il nous semble difficile d’accepter un investissement global. Les économies de ces pays vivent selon des cycles macro totalement différents. Les pays producteurs de pétrole voient leurs économies rythmées par le cours de l’or noir tout comme l’Inde mais qui, elle, importe cette énergie fossile. Donc une approche plus différenciée semble être toujours et encore d’actualité.

Quelques exemples de fonds actifs

Pour investir dans la zone Europe émergente, le fonds de Quaero Capital est un exemple qui montre comment se différencier d’un indice. Si vous considérez le MSCI Emerging Market Index, vous constaterez que le pays le plus représenté est la Russie. Cette dernière pèse plus de 63% suivie par la Pologne avec 16%. Le biais est important. A noter que le poids de la Grèce est de 5%. A contrario, le fonds de Quaero est fortement investi en Grèce avec 30% de la fortune. La Pologne est deuxième avec 18%. La Russie est sixième avec 5%.

Même constat en ce qui concerne la ventilation sectorielle. L’indice (grâce à la Russie) est fortement investi dans le secteur de l’énergie (42%) suivi par la finance (29%). Le fonds comporte 27% de valeurs financières mais que 9% dans des titres du secteur de l’énergie.

Il faut aussi préciser que l’univers d’investissement du fonds est principalement composé de valeurs de petites et moyennes capitalisations.

La Chine est un autre exemple. Investir ou non en Chine pourrait ressembler à un acte de foi, tout de même moins que d’investir en Amérique latine. Il est évident que la guerre commerciale entre les Etats-Unis et le reste du monde ne favorise guère l’envie de placer son argent dans les marchés financiers. Mais n’oublions pas que la Chine est une puissance économique que les Américains le veuillent ou non.

Le point clairement négatif qui affecte ce pays réside dans la volonté de certains politiciens américains de pousser les caisses de pension à éviter des investissements dans les titres chinois. Mais les gouvernements changent plus rapidement que les réalités économiques.

Le Vontobel China Leaders est un des fonds qui montre son «activité» par rapport à l’indice. Vous constaterez que les principales positions divergent de l’indice MSCI China. Il est vrai que le gestionnaire de ce fonds possède la liberté d’investir à Hong Kong, Macao ou Taïwan (Greater China diraient les sélectionneurs de fonds).

Source: MSCI China Index

Source: Vontobel

Dans ce fonds nous pouvons aussi noter une spécificité «active». Le gestionnaire peut utiliser des dérivés à des fins de couverture. Donc à la sélection des titres s’ajoute cette possibilité. Un ETF ne proposera pas ce type d’activité.

L’Inde est le dernier exemple d’investissement dans les pays émergents. Ce grand pays ne représente qu’environ 9% de l’indice global MSCI Emerging Markets.

Dans ce cas précis il n’y a pas un fonds particulier mais une société qui est donnée en exemple. Il s’agit d’Aditya Birla Capital. Cet asset manager appartient au groupe Aditya Birla Sun Life Asset Management Ltd. Lors de son séjour en Suisse, le responsable des vendeurs a donné quelques nouvelles concernant la vie politique en Inde.

Rappelons-nous que le premier ministre avait montré une certaine volonté de changement qui s’est traduite par quelques mesures populaires et d’autres qui l’étaient moins. Par exemple, il avait décidé de retirer certains billets de banque (surtout les petites coupures) pour lutter contre un type de corruption. Il a aussi mis en place un système de couverture médicale. Autrement dit, beaucoup de changements qui impliquent une remise en cause de certains modèles d’affaires.

Faut-il en déduire qu’il faille investir rapidement? Non…mais. Le 20 septembre dernier, le ministre des finances a annoncé de nouvelles mesures pour contrer le déclin de l’activité économique. Parmi celles-ci, citons la baisse de l’impôt des sociétés indiennes de 25,17% à 34,9%. Toute nouvelle compagnie qui serait créée dès le 1er octobre bénéficierait d’un taux d’imposition de 17.01%. Les sociétés cotées en bourse qui auraient annoncé un plan de rachat de titres avant le 5 juillet 2019 ne seraient pas taxées sur cette opération.

Ce grand pays mérite l’attention des investisseurs et, à nouveau, il est préférable d’investir via un fonds actif que dans un ETF India.

Ces quelques exemples montrent ainsi qu’une approche sélective dans le choix des investissements dans les pays émergents est nécessaire soit au niveau pays que sectoriel. Acheter des titres en direct est un exercice compliqué car les environnements socio-économiques et politiques sont extrêmement divers. Mieux vaut investir dans un ou plusieurs fonds actifs que dans des titres individuels ou des ETF lorsqu’il s’agit de ces zones géographiques, nous semble-t-il.

Notons que les pays émergents sont considérés comme plus risqués que les pays développés à plusieurs égards mais aussi en matière d’investissement. Donc il faut bien appréhender ce facteur et comprendre cet état de fait. Autrement dit, il faut accepter une volatilité plus importante.