Les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) continuent de gagner en importance au sein des entreprises couvertes par nos analystes.

Cet article est tiré de l’Analyst Survey 2019 réalisée par Fidelity auprès de 165 analystes au niveau mondial.

 

Graphique 1 : Les entreprises intensifient leurs efforts en matière d’ESG
Source : Enquête Analystes 2019 de Fidelity.

En effet, 70 % des analystes indiquent que les entreprises mettent de plus en plus l’accent sur leur politique ESG, soit une hausse de 11% par rapport à l’année dernière. Cela n’est toutefois pas surprenant compte tenu de l’importance grandissante de l’investissement responsable. Pour autant, nos analystes sont encore relativement nombreux (39%) à observer que ce n’est le cas que pour une minorité des entreprises qu’ils couvrent, indiquant ainsi que ce n’est pas encore un concept qui fait partout des adeptes.

Critères ESG: une prise de conscience omniprésente en Europe et en nette amélioration en Chine

Les entreprises européennes sont les plus attentives aux enjeux ESG: 92% de nos analystes notent que certaines ou la totalité des entreprises qu’ils couvrent prêtent une plus grande attention aux problématiques ESG, contre 67% l’an dernier. Ce sentiment semble avoir penché positivement au sein de la région Europe de l’Est/Moyen-Orient/Afrique et en Amérique latine: pour la première fois, une majorité (67%) d’analystes fait état d’une plus grande importance accordée aux facteurs ESG parmi les entreprises qu’ils couvrent, contre 46% l’an dernier.

Mais, le changement d’attitude le plus notable est observé en Chine: le nombre de nos analystes signalant que certaines ou la plupart des entreprises chinoises qu’ils couvrent prennent de plus en plus au sérieux les critères ESG a presque doublé en passant de tout juste 33% l’an dernier à 63 %. Encore tout récemment, les problématiques environnementales, sociales et de gouvernance ne figuraient guère en haut de la liste des priorités des conseils d’administration dans la plupart des entreprises chinoises, pour autant qu’elles y figurent tout court. Toutefois, les flux croissants de capitaux étrangers sur les marchés de Chine continentale sont allés de pair avec une attention de plus en plus grande portée à la réputation des entreprises en matière de critères ESG.

«Nous avons beaucoup plus de conversations sur les problématiques ESG avec les dirigeants. En effet, les clients, surtout en Europe, exigent une meilleure compréhension de la façon dont ces entreprises sont gérées. Il est clair que pour de nombreuses entreprises, en particulier celles fondées par des entrepreneurs de la première génération, le sujet n’avait jamais traversé leur esprit auparavant », fait observer un analyste couvrant le secteur chinois de la consommation. Cela a incité les entreprises à examiner de plus près la façon dont elles pouvaient améliorer et mieux communiquer leurs politiques et procédures en la matière. «Dans certains cas, les entreprises se sont vu attribuer de faibles notes ESG tout en observant des pratiques commerciales durables, simplement parce que les dirigeants ne les avaient pas fait connaître, surtout auprès des agences de notation ESG», précise l’analyste.

Les directives stratégiques de Pékin ont également été utiles. Dans le cadre d’une «guerre nationale contre la pollution», le gouvernement chinois a encouragé l’utilisation accrue des énergies renouvelables et du gaz naturel au lieu de la production d’énergie à partir du charbon. Il a également imposé des restrictions sur l’utilisation des véhicules dans les grandes villes, a réduit des capacités industrielles excessives et a même fermé complètement des milliers d’usines fortement polluantes.

Peu de changement en Amérique du Nord

Graphique 2 : Les critères ESG gagnent du terrain en Europe, dans la région EMEA, en Amérique latine et en Chine
Source : Enquête Analystes 2019 de Fidelity. *Toutes les réponses indiquant qu’une minorité d’entreprises ou la plupart des entreprises intensifient leurs efforts en matière de critères ESG.

Dans le même temps, selon nos analystes, les enjeux ESG ne parviennent pas à gagner beaucoup de terrain au sein des entreprises nord-américaines. Seuls 57 % de nos analystes indiquent que certaines ou la totalité des entreprises qu’ils couvrent accordent une plus grande importance aux problématiques ESG, soit peu ou prou le même pourcentage que l’an dernier. L’administration actuelle n’a pas contribué à faire la promotion des enjeux ESG. Dans certains cas, c’est même tout le contraire, en revenant sur des normes d’émissions dans les secteurs de l’énergie et de l’automobile et en se retirant de l’accord de Paris sur le changement climatique.

S’occuper de ses propres affaires ne suffit pas

Les résultats de notre enquête montrent que ce qui a trait au E et S, les réglementations environnementales continuent de dominer la pensée des dirigeants d’entreprises, en particulier dans les secteurs des services collectifs, de l’énergie, des matériaux et de l’industrie. Cependant, la gestion de la chaîne logistique devient un aspect de plus en plus important pour les entreprises, voire même celui qui compte désormais le plus pour les entreprises du secteur de la consommation de base, selon nos analystes.

Les consommateurs, en particulier dans les pays développés, sont plus attentifs que jamais à la provenance des produits et des services qu’ils achètent de manière à savoir si, par exemple, les travailleurs concernés bénéficient d’installations propres et sûres et reçoivent un salaire décent. Et ces consommateurs exigent que les entreprises deviennent plus responsables, note l’un des spécialistes ESG de Fidelity. «Le Royaume-Uni a adopté en 2015 une loi sur l’esclavage moderne (Modern Slavery Act), notamment pour garantir la transparence des chaînes d’approvisionnement, tandis que l’Australie a adopté une loi similaire à la fin de l’année dernière. Mais, les sociétés de gestion d’actifs ont également un rôle important à jouer en la matière, en dialoguant activement avec les entreprises et en promouvant le changement si nécessaire», ajoute-t-il.

Graphique 3 : Une attention grandissante portée à la gestion de la chaîne logistique
Source : Enquête Analystes 2019 de Fidelity.

Les entreprises et les marques qui n’ont pas un aperçu ou un contrôle adéquat de la qualité et des pratiques commerciales de leurs fournisseurs, et même des fournisseurs de leurs fournisseurs, encourent le risque d’une réaction très négative du grand public. Les produits haut de gamme ne sont pas épargnés non plus. «Les jeunes générations en particulier s’attendent à ce qu’un produit soit ‘ultra-propre’ lorsqu’ils le paient au prix fort. Cela a incité certaines marques très en vue à changer la façon dont elles s’approvisionnent en cuir de crocodile, par exemple, ou à cesser complètement de l’utiliser. Burberry a retiré toute la vraie fourrure de ses produits et a cessé de brûler les stocks non vendus, et ce, afin de protéger sa marque et de s’assurer que de tels produits ne soient pas vendus à des prix inférieurs aux prix du marché. La société a promis de plutôt réutiliser, réparer, donner ou recycler les stocks», indique un analyste en charge du secteur des produits de luxe.

Dans la mesure où les marques internationales appliquent des critères de sélection plus stricts et intensifient les inspections d’usines, les fournisseurs doivent s’adapter ou perdre des marchés. La Chine est depuis longtemps un maillon essentiel de la chaîne logistique mondiale.

«Des entreprises de secteurs aussi divers que l’électronique, le textile, l’habillement et les jouets ont amélioré leurs prestations ces dernières années en réponse aux pressions exercées par les distributeurs finaux et aux réglementations plus strictes du gouvernement chinois», fait observer un analyste couvrant le secteur chinois de la consommation. La gestion de la chaîne logistique est également une thématique importante au sein des secteurs de l’industrie, de la technologie et des matériaux. Les mines d’or et de diamants ont été beaucoup assainies au cours de la dernière décennie, mais plus récemment, l’attention s’est portée sur l’extraction du cobalt, un élément des batteries qui alimentent les smartphones, les tablettes, les ordinateurs portables et les véhicules électriques.

Un analyste couvrant le secteur des matériaux précise qu’une pénurie de cobalt et une augmentation de la demande ont conduit à une flambée des prix qui a encouragé le recours à des «mineurs artisanaux» – des opérateurs indépendants non officiellement employés par un groupe minier. «Ces mineurs opèrent souvent en dehors des réglementations de sécurité et peuvent inclure des enfants, ce qui constitue une menace pour des utilisateurs finaux de renom tels qu’Apple et Microsoft qui ont besoin de préserver l’intégrité et la sécurité de leurs chaînes d’approvisionnement».

Le secteur des services collectifs est bien placé pour bénéficier du changement climatique

Près des trois quarts de nos analystes couvrant le secteur des services collectifs s’attendent à ce que le changement climatique ait un impact positif sur les entreprises qu’ils suivent au cours des dix prochaines années. Les entreprises du secteur des énergies renouvelables sont évidemment bien placées pour la transition énergétique qui est déjà en cours. «Actuellement, moins de 10% de la production mondiale d’électricité est issu de sources éoliennes et solaires, d’où un considérable potentiel de croissance», relève un analyste du secteur des services collectifs.

Plus indirectement, la production d’énergies renouvelables nécessite des investissements supplémentaires dans les réseaux. Au lieu d’une grande entrale électrique raccordée au réseau, de multiples points sont en effet nécessaires afin de raccorder des sources d’énergie renouvelable généralement plus petites et plus éparpillées. La production d’électricité à partir d’énergies renouvelables peut également être plus volatile et les réseaux doivent être équipés de manière à pouvoir gérer des flux bidirectionnels. De plus, dans la mesure où la transition énergétique
encourage l’électrification d’autres industries, plus particulièrement des transports privés, la demande d’électricité va naturellement augmenter, ce qui bénéficiera à l’ensemble des services collectifs.

Graphique 4 : Le changement climatique est synonyme d’opportunités pour les services collectifs
Source : Enquête Analystes 2019 de Fidelity.

La situation est encore loin d’être parfaite

Dans l’ensemble, nos analystes constatent que les pressions exercées par les investisseurs, les consommateurs et les États ont contribué à sensibiliser davantage l’ensemble des régions et des industries aux enjeux ESG. Toutefois, il existe encore une minorité non négligeable de retardataires ; 30 % des analystes ne voient aucun changement perceptible dans les efforts des entreprises qu’ils couvrent en matière de critères ESG. Il semble qu’un splendide tableau de bord ESG ne soit pas encore une priorité, ou même une possibilité, pour tout le monde.