L’une des plus grandes interrogations planant sur l’économie mondiale en 2019 est la suivante: quelle est l’ampleur du ralentissement économique de la Chine et jusqu’où le gouvernement est prêt à aller afin d’en atténuer les effets?

Cet article est tiré de l’Analyst Survey 2019 réalisée par Fidelity auprès de 165 analystes au niveau mondial.

 

Nos analystes ont quelques réponses. Leurs observations sur le terrain mettent en lumière des raisons évidentes de s’inquiéter de l’état de santé de l’économie chinoise. Mais, nous constatons également certaines sources d’optimisme et un débat animé sur l’ampleur et l’efficacité des mesures de relance budgétaire prévues.

Vue d’ensemble

Graphique 1: Le sentiment à l’égard de la Chine est plus pessimiste que pour le reste du monde et devient négatif
Source : Enquête Analystes 2019 de Fidelity.

Dans l’ensemble, nos analystes indiquent que le sentiment à l’égard de la Chine pour l’année à venir s’est non seulement révélé plus pessimiste que pour les autres zones géographiques, mais qu’il s’est également davantage détérioré qu’ailleurs par rapport à 2018. Comme le note un de nos analystes basé à Shanghai: «les investisseurs étrangers ont généralement une vision plus négative de la Chine mais, depuis l’année dernière, les investisseurs nationaux se sont eux aussi ralliés au camp des pessimistes. La détérioration du sentiment est ainsi devenue généralisée».

Voici quelques-uns des principaux résultats de l’enquête: en 2019, nos analystes signalent que les dirigeants des entreprises qu’ils couvrent en Chine sont les moins confiants au monde pour investir. Ces mêmes entreprises devraient également être i) à l’origine des réductions les plus importantes de leurs dépenses d’investissement, ii) les moins nombreuses à accroître leurs effectifs et iii) les plus nombreuses à s’attendre à une augmentation de leur endettement.

Ralentissement de la demande

Graphique 2: La confiance des dirigeants d’entreprises en Chine est la plus faible au monde
Source : Enquête Analystes 2019 de Fidelity.

L’un des refrains récurrents révélés par l’enquête 2019 est qu’un ralentissement généralisé de la demande se répercute sur de nombreux secteurs de l’économie. «Le ralentissement macroéconomique va certainement peser sur la qualité des actifs des banques. Lors des précédents cycles d’assouplissement, la Chine a stimulé le crédit de manière très significative, mais il se pourrait qu’elle ne le fasse pas cette fois-ci», a déclaré un analyste de Fidelity couvrant le secteur financier. Après un modeste assouplissement financier en 2018, via notamment plusieurs réductions du ratio des réserves obligatoires des banques, les liquidités sont généralement abondantes au sein du système financier – mais elles ne parviennent pas aux utilisateurs finaux, comme les entreprises privées. «La liquidité interbancaire est satisfaisante, mais le problème, est que l’argent ne se diffuse pas dans l’ensemble de l’économie. J’imagine que certains trésoriers d’entreprise en perdent le sommeil la nuit», a ajouté l’analyste.

Les tensions financières s’accentuent. 33% des analystes couvrant la Chine s’attendent à une augmentation de l’endettement des entreprises qu’ils suivent, alors même que dans la plupart des autres pays du monde, la tendance est au désendettement. Les deux tiers de ceux qui s’attendent à une hausse de l’endettement des entreprises chinoises précisent que la détérioration des flux de trésorerie en est la principale raison.

Selon un analyste obligataire basé à Shanghai: «De nombreuses entreprises sont déjà fortement endettées et font face à un plus grand risque de refinancement ; aussi, beaucoup se soucient désormais plus de leur survie que de leur croissance».

Inquiétudes liées aux guerres commerciales

Graphique 3: Réduction des dépenses d’investissement en Chine
Source : Enquête Analystes 2019 de Fidelity.

D’autres voient les guerres commerciales comme «le problème numéro un» comme le précise un analyste couvrant le secteur des équipements technologiques. Le calendrier de l’entrée en vigueur progressive des droits de douane et la possible intensification des représailles ont conduit une grande partie des exportations de la Chine à être concentrées durant les derniers mois de 2018, d’où la crainte d’une chute au cours des premiers mois de 2019. «Cette situation a engendré une grande incertitude et j’entrevois un fort ralentissement de la consommation cyclique et une interruption des dépenses d’investissement également», ajoute l’analyste.

L’industrie demeure un moteur clé de la croissance de l’ensemble de l’économie chinoise, qu’elle soit destinée à l’export ou au marché intérieur. Et les incertitudes provoquées par les guerres commerciales impliquent que certaines entreprises réfléchissent à un plan B, comme la délocalisation de chaînes logistiques de la Chine vers l’Asie du Sud-Est.

Pour les consommateurs, les incertitudes ont des répercussions sur les perspectives de croissance de leurs salaires, ce qui a un effet de second sur la consommation. C’est d’ailleurs ce dont témoigne la baisse des ventes de biens de consommation cyclique plus coûteux, comme les voitures ou même les smartphones.

L’État à la rescousse?

Dans la quasi-totalité des secteurs, la principale inconnue citée par nos analystes qui couvrent les entreprises chinoises – et la possible source de surprise haussière – est la relance budgétaire. Toutefois, les résultats de l’enquête et les entretiens de suivi approfondis ont révélé des divergences d’opinion quant à la forme que pourraient prendre ces mesures de relance budgétaire, à l’ampleur de leur impact et aux moyens dont dispose le gouvernement afin de stimuler ces dépenses. Selon un analyste couvrant les secteurs des services collectifs et de l’énergie: «Je pense que tout le monde s’attend à voir Pékin mettre en oeuvre des mesures de relance budgétaire de grande ampleur, mais compte tenu des récentes réductions d’impôt, je doute vraiment de la marge de manoeuvre qu’il lui reste pour cela. Nous en sommes à un stade où la plupart des infrastructures à forte valeur ajoutée ont déjà été construites ; le coup de pouce à la croissance de nouvelles infrastructures sera désormais limité».

Toutefois, comme le suggèrent les opinions divergentes quant à son efficacité, l’impact des dépenses de relance devrait considérablement varier d’un secteur à l’autre. «Je ne pense pas que des baisses d’impôt sur le revenu auront un effet stimulant sur les dépenses des ménages dans la mesure où le ratio impôts/PIB en Chine est déjà très faible par rapport à de nombreuses économies et où il n’existe pas autant de marge de manoeuvre que, par exemple, aux États-Unis» précise un analyste actions asiatiques basé à Hong Kong. «Cela n’aurait qu’un impact ponctuel et limité, puis s’estomperait rapidement.»

Il n’en va toutefois pas de même pour les perspectives des constructeurs automobiles. Contrairement aux précédentes séries de réductions d’impôt généralisées, les mesures de relance seront cette fois-ci probablement plus ciblées et profiteront peut-être aux constructeurs exposés aux véhicules électriques ou à d’autres «nouvelles énergies», voire à ceux plus présents dans les zones rurales. Cette même préférence pour l’utilisation de mesures de relance sélectives visant à soutenir des industries ou des segments sectoriels privilégiés est un thème récurrent en Chine. Par exemple, les bénéficiaires de politiques favorables pourraient inclure de nouveaux projets énergétiques, tels que des projets de distribution d’énergie axés sur l’énergie solaire.

Au cours des derniers mois, le nombre d’autorisations de projets d’infrastructure accordé aux gouvernements locaux a sensiblement augmenté.

Mais, les plus grands bénéficiaires directs des dépenses de relance traditionnelles via les infrastructures seraient encore les industries des matériaux, des métaux et des mines. Au cours des derniers mois, le nombre d’autorisations de projets d’infrastructure accordé aux gouvernements locaux a sensiblement augmenté, de même que le nombre d’opérations de financement par emprunt conclues avec succès pour des entités liées à des gouvernements locaux. La combinaison des deux – le financement et le feu vert officiel – pourrait laisser entrevoir une hausse des dépenses d’infrastructure en 2019.

Si cela se traduit par une augmentation des investissements en actifs fixes, cela stimulerait la demande en faveur d’industries telles que la production sidérurgique, laquelle tend à être un indicateur retardé. En donnant le ton pour l’année, un analyste livre son verdict: «les perspectives des secteurs métallurgique/minier chinois en 2019 sont similaires à celles des autres secteurs, en ce sens où elles commencent désormais à légèrement se détériorer».