Les exigences des Etats-Unis quant à une redéfinition de leurs relations commerciales avec la Chine font planer l’ombre d’un retour du protectionnisme comme une menace sur l’économie mondiale depuis quelques mois.

par David Grimaud, Responsable Allocation d’Actifs, Symbiotics SA.

 


Si l’on admet généralement que les investissements d’impact et plus particulièrement la microfinance promeuvent l’essor des économies réelles locales, le risque de crédit sur ces investissements n’en demeure pas moins sensible au contexte macroéconomique et aux fluctuations sur les marchés des changes et de la dette. Il convient dès lors de s’interroger sur les capacités de résilience des principales destinations de ces investissements face à une possible contraction des échanges commerciaux.

La balance commerciale constitue un bon point de départ étant donné la sensibilité de ces pays à leur environnement externe. Il faut cependant nuancer le positionnement de la balance commerciale avec la capacité du pays à emprunter sur le marché de la dette, à ouvrir son marché intérieur aux investissements étrangers et à puiser dans son stock de réserves de devises pour soutenir sa monnaie ou compenser les éventuels déficits.

Avec des réserves de change s’élevant à 2600 milliards de dollars et un excédent commercial de 1.7% de son PIB, la Chine a les moyens de défendre âprement ses intérêts face à la position américaine. Son niveau de couverture des imports par les réserves de devises autour de 14 mois et son faible taux d’endettement externe à 13% du PIB lui permettent plusieurs stratégies en cas de menace sur sa balance de paiements. Le climat actuel semble néanmoins à la conciliation, avec une Chine qui met en place les réformes pour ouvrir d’avantage son économie, et en particulier le secteur financier, aux investissements étrangers.

Parmi les pays voisins de la Chine recevant des flux importants d’investissements d’impact, la Mongolie accuse un fort déficit commercial et ses réserves de devises sont faibles. Avec un endettement externe de 204% du PIB et un ratio d’échange, soit la somme des volumes d’imports et d’exports rapportée au PIB, de 69.5%, l’économie est fortement dépendante du commerce extérieur. Une position de faiblesse renforcée par la prépondérance de la Chine qui capte 85% des exports du pays.

Ailleurs en Asie, une balance commerciale déficitaire n’induit pas nécessairement une conjoncture économique difficile. L’Inde et l’Indonésie illustrent bien ce cas de figure. Des niveaux de couverture des imports par les réserves, entre 8 et 9 mois, ainsi que des ratios d’échange en dessous des 25%, leur offrent les moyens de résister en cas de creusement des déficits commerciaux qui pourraient être financés par les réserves de change ou par la levée d’emprunts.

Comme l’Inde et l’Indonésie, de nombreux pays d’Asie du sud et du sud-est, disposent d’une multitude de partenaires commerciaux, ce qui leur assure une très bonne diversification de leurs relations bilatérales et un positionnement favorable quant à l’absence de restrictions au commerce extérieur chez leurs partenaires commerciaux.

Dans le Caucase et en Asie centrale, les économies sont caractérisées par de fortes dépendances au commerce extérieur et aux flux de capitaux étrangers. A 11.1% du PIB, le déficit commercial de la Géorgie fragilise l’économie. Une position de faiblesse confirmée par un niveau de couverture des imports de seulement 4 mois et une dette externe qui s’élève à 115% du PIB. Etant donné le niveau de dollarisation de l’économie, l’accroissement des emprunts représente la principale solution viable à moyen terme pour équilibrer la balance des paiements. D’autres pays de la région tels le Kirghizstan ou l’Arménie sont dans une situation similaire. La position géostratégique de ces pays leur permet cependant de diversifier leurs partenariats commerciaux.

Il est intéressant de noter qu’aucun pays d’Amérique latine ne figure en tête de liste des pays les plus exposés au commerce extérieur. Dans un contexte où les relations à l’export avec les Etats-Unis se tendent, cette capacité à se reposer sur le commerce interne permet une certaine résilience. Avec des déficits commerciaux en deçà des 2%, le Pérou et le Paraguay présentent de bonnes capacités de résilience. Avec plus de 17 mois de couverture des imports, le Pérou dispose de réserves de change importantes ainsi que d’un endettement externe maîtrisé (34.5% du PIB). Le Paraguay est relativement moins bien positionné à cause d’un niveau de couverture des imports plus faible, un taux de dette externe plus élevé à 55.7% et surtout une plus grande exposition au commerce international avec un ratio d’échanges de 45.3% contre 26.9% pour le Pérou.

En Afrique, le Kenya présente, avec la Tanzanie, la particularité rare en Afrique de ne pas disposer d’industrie extractive exportatrice forte telle que le pétrole ou les minerais industriels, ce qui explique des ratios d’échange faibles, 19.3% pour la Tanzanie et 21.9% pour le Kenya, et donc des dépendances moins fortes au commerce extérieur.

Comme on peut le constater, les pays les plus vulnérables à une contraction du commerce international présentent des caractéristiques communes: une faible diversification de leurs partenaires commerciaux, des déficits commerciaux, des taux d’endettement externes élevés et dans certains cas, de faibles stocks de réserves de changes ou une forte dépendance au commerce extérieur.

Pour limiter le financement par la dette qui dégrade les condition macroéconomiques à court et moyen terme, ces pays doivent accélérer leur diversification économique; ce qui multiplierait le nombre de partenaires commerciaux et permettrait d’attirer les investissements de long terme nécessaires à un développement socio-économique stable.