Bien qu'elles attirent moins l'attention que les flux d’information braqués sur la guerre commerciale qui sévit actuellement, les anticipations inflationnistes ont sans doute un impact plus direct sur la valorisation des obligations à long terme.

Par Christian Zeitler, Head of Central Europe, Legg Mason.

La Fed et la Banque centrale européenne sont parvenues à leurs propres conclusions sur ces attentes en matière d’inflation pour les prochains mois, nonobstant les turbulences du moment, politiques ou commerciales.

Mais cet indicateur d’une importance capitale est notoirement connu pour être difficile à mesurer – et il pourrait finalement se montrer très inférieur à ce que certains peuvent se l’imaginer. Cela pourrait alors constituer un avantage pour les investisseurs de plus longue durée.

Les taux sont au mieux : quatre mesures de l’inflation aux États-Unis, de 2015 à 2018

Source : Bloomberg, 18 juin 2018. Les données historiques ne garantissent pas les évolutions futures. Les indices ne sont pas gérés et il n’est pas possible d’y investir directement. Les rendements de l’indice Source: Bloomberg, 18 juin 2018: Les données historiques ne garantissent pas les évolutions futures. Les indices ne sont pas gérés et il n’est pas possible d’y investir directement. Les rendements de l’indice n’incluent pas les frais de gestion ou de souscription. Ces informations sont fournies à titre indicatif seulement et ne reflètent pas les performances d’un placement réel.

La hausse de l’indice des prix à la consommation (IPC) aux États-Unis, annualisée et corrigée des variations saisonnières par le Bureau of Labor Statistics, a dépassé en mars 2018 le seuil des 2 % cher à la Fed pour atteindre 2,2 % en mai, ce qui a donné au FOMC des arguments chiffrés pour justifier ses intentions d’augmenter encore deux fois les taux d’ici la fin de l’année. Et ce sans se préoccuper de l’éventuelle distorsion due aux corrections des facteurs saisonniers ou à l’effet de roll-off lié aux statistiques mensuelles enregistrées les années précédentes.

Mais l’IPC n’est pas le seul indicateur à disposition. Deux des mesures préférées de la Fed ne s’alignent pas exactement ; le déflateur PCE et son propre point mort d’inflation à 5 ans, basé sur le marché, affichent respectivement 1,80 % et 2,14 %. Et ce point mort peut être vu comme une indication des prévisions inflationnistes pour les cinq prochaines années, plutôt que pour l’économie d’aujourd’hui. Quant au déflateur PCE, auquel Janet Yellen, ancienne présidente du FOMC, accordait une grande importance, il est toujours inférieur à la ligne directrice de 2 % prônée par le FOMC.

Pour les investisseurs obligataires, un taux d’inflation plus faible pourrait signifier que les rendement actuels, surtout à l’extrémité la plus longue de la courbe, sont plus avantageux qu’il n’y paraît pour beaucoup. Cela laisserait alors penser qu’il serait dans leur intérêt d’allonger la duration nette pour exploiter ces divergences d’opinion.

En hausse: les incertitudes liées aux échanges commerciaux

Les conflits commerciaux qui ont cours aujourd’hui, centrés cette semaine sur les États-Unis et la Chine, ont davantage impacté les marchés des actions et des matières premières que ceux des obligations. Dans le cas des actions, les incertitudes se sont situées au niveau des entreprises puisque les menaces se sont chiffrées pour elles à des niveaux qui atteignent des multiples du volume global des échanges entre les deux pays. Pour les produits agricoles, où les contrats à terme servent de couverture aux producteurs qui planifient les cultures de la prochaine saison, l’impact a été sévère, du moins à court terme ; les cours du soja à échéance novembre se sont négociés à 911,5 $ par contrat, en baisse de 13,5 % par rapport à leur sommet du 12 avril.

Même après une baisse intra-journalière apparemment induite par le cycle de l’actualité, les 10 ans se sont négociés à 2,889%, bien en dessous de leur sommet de 3,007% le 13 juin.

Sur la diapositive: le pouvoir politique de Theresa May

Les négociations sur le Brexit sont réapparues sur la scène politique en Grande-Bretagne, car la question de l’approbation parlementaire des conditions d’un accord pas encore fixées a menacé la viabilité du gouvernement du Premier ministre May. Un vote à la Chambre des communes pourrait non seulement entraîner son éviction, mais il pourrait également voir les conservateurs remplacés par une majorité favorable aux travailleurs. Cela constituerait alors l’une de ces rares situations où les négociations entre l’UE et le Royaume-Uni pourraient devenir encore plus complexes qu’elles ne le sont déjà.