Depuis un certain temps, le thème de la durabilité (Sustainability) joue un rôle croissant, poussé aussi par la Commission européenne (UE).

  • Les caisses de pension suisses sont des moteurs pour les placements durables.
  • La taxonomie de l’UE encourage la plus forte intégration de standards de durabilité en Suisse également.
  • La formulation de la taxonomie en tant que processus itératif; la classification progressive devrait laisser aux investisseurs suffisamment de liberté pour s’engager.

 

Dans le cadre du plan d’action européen pour une économie durable des finances, la Commission européenne élabore actuellement quatre Règlements relatifs à la durabilité. Il s’agit là principalement de la taxonomie concernant les placements durables, les standards pour les Green Bonds, l’indice Low Carbon et la publication des risques liés à l’ESG. Il semble que le secteur financier jouera un rôle décisif dans le cadre de la transition vers une économie sans émission de carbone.

A l’occasion d’un débat technique, des experts ont discuté sur la question de savoir jusqu’à quel point la réglementation de l’UE sera importante pour les grands investisseurs suisses également, tels que les caisses de pension, par exemple.

«Concernant les placements durables, l’UE mise sur la force de la régulation», déclare Sabine Döbeli, directrice de Swiss Sustainable Finance (SSF). Même si la législation européenne n’est pas directement contraignante pour les acteurs suisses, elle accélèrera néanmoins la réalisation des formes de placements durables en Suisse. Les caisses de pension, notamment, joueront un rôle central.

«Les placements durables connaissent en Suisse une croissance très impressionnante. Les caisses de pension en sont le moteur principal, car elles prennent de plus en plus fortement en compte les critères de durabilité pour leurs investissements.»

Madame Döbeli considère qu’une des raisons à cela est aussi la signature de l’Accord de Paris sur le climat. La Suisse s’est ainsi engagée à axer ses flux de finances sur l’objectif du réchauffement de 2 degrés. «Les caisses de pension en tant qu’investisseurs importants sont invitées à y contribuer.» Avec des outils pratiques, le SSF aide les investisseurs à mettre en oeuvre des stratégies de placements durables.

Martin Lasance, Country Head Switzerland chez Fidelity International, constate également un net changement de comportement: «la majorité des caisses de pension suisses se préoccupe aujourd’hui des investissements durables. Cela se manifeste aussi par le fait que les aspects de l’ESG font maintenant automatiquement partie de la plupart des appels à investissements. De plus, on note que plusieurs grandes caisses de pension sont devenues actives en ce qui concerne principalement les Benchmarks, les émissions de CO2, l’engagement et les critères d’exclusion.» Monsieur Lasance s’attend même à ce que la taxonomie de l’UE devienne le catalyseur d’une plus forte intégration des standards de durabilité pour les caisses de pension suisses.

Manque de taxonomie encore un obstacle actuellement

A Bruxelles, une lutte acharnée a cependant encore lieu à propos de la taxonomie. De tels standards n’existent pas jusqu’à présent, tout comme d’ailleurs des critères objectifs de mesure de la durabilité. Pour Natalie Westerbarkey, Head of EU Public Policy Fidelity International, l’UE doit trouver un équilibre à ce sujet. La réglementation sur la taxonomie doit être suffisamment souple pour offrir à tous les acteurs un fort potentiel de diversification. Les échelles de notation doivent être aussi concrètes et pertinentes que possible afin que les Asset Manager, par exemple, puissent intégrer facilement les données dans leurs processus d’investissements. Plutôt que binaire, la classification devrait être en outre progressive et laisser suffisamment de liberté pour une politique active d’engagement. Cela signifie également que les notations doivent être spécifiques à chaque secteur.

Une exigence importante vis-à-vis de la politique: «rapidité avant perfection. La taxonomie est une réglementation évolutive que l’on devrait améliorer en permanence», d’après Madame Westerbarkey. Pour elle, les initiatives européennes relatives aux financements durables seront sans aucun doute un nouveau standard pour l’Europe et au-delà, pour les investisseurs suisses également. Ces derniers pourront profiter en même temps de la nouvelle orientation de la branche vers les financements durables. Madame Westerbarkey est convaincue que «le marché augmente et devient plus différencié, plus liquide et plus sophistiqué».