Le désinvestissement est utilisé dans le secteur de l’investissement depuis plusieurs décennies. Mais quel est l’objectif visé par le désinvestissement et cette méthode est-elle vraiment efficace?

Par Belinda Gan, Spécialiste Investissement Durable

 

Le désinvestissement consiste à appliquer une politique globale visant à éliminer tout investissement dans des sociétés exerçant certaines activités controversées. Les décisions de désinvestissement reflètent la volonté des détenteurs d’actifs de réduire leur exposition aux activités contestables en fonction de leurs convictions, d’éviter de tirer profit de secteurs spécifiques, et constituent souvent la réponse la plus simple aux pressions exercées par les parties prenantes et/ou l’opinion publique.

Il faut bien reconnaître que le désinvestissement est la seule réponse logique au deuxième point évoqué ci-dessus et souvent la réponse la plus facile au troisième. Toutefois, la situation est plus compliquée si le détenteur d’actif souhaite utiliser le pouvoir que lui confèrent ses capitaux pour inciter les entreprises à modifier leurs activités sous-jacentes.

Le désinvestissement sensibilise l’opinion publique et affecte la réputation des entreprises…

Parmi les principales campagnes de désinvestissement menées par le passé figurent notamment la campagne des années 1960 contre l’apartheid en Afrique du Sud, ou encore celles relatives au tabac, à l’alcool, aux armes et, plus récemment, aux combustibles fossiles (sur laquelle nous nous concentrons en particulier dans notre rapport). Certes, le désinvestissement a joué un rôle important dans la sensibilisation du public et la stigmatisation des entreprises, en particulier dans le cadre de la campagne sud-africaine, mais ce n’est qu’un outil du changement parmi d’autres.

…mais son effet sur les activités des entreprises reste limité

Dans l’ensemble, nous constatons que la stratégie du désinvestissement n’est pas efficace, notamment lorsqu’il s’agit de réduire l’accès aux capitaux ou d’inciter des entreprises à cesser certaines activités.

Seul, le désinvestissement rate sa cible

Dans ce contexte, ce n’est pas en adoptant uniquement une stratégie de désinvestissement des combustibles fossiles que nous pourrons contribuer à limiter la hausse de la température mondiale à 2°C. La transition vers un monde à faibles émissions de carbone est beaucoup plus complexe et, comme indiqué dans notre tableau de bord du changement climatique, nécessite des changements importants dans quatre domaines clés : les politiques publiques, les affaires et la finance, la technologie, ainsi que l’industrie des combustibles fossiles.

Un nouveau modèle permettant aux détenteurs d’actifs d’apporter un changement réel

Quelles options s’offrent aux détenteurs d’actifs si les stratégies de désinvestissement ne sont pas viables ? Nous proposons un nouveau modèle visant à stimuler le changement qui englobe les caractéristiques clés suivantes.

Rôle actif auprès des entreprises

Les investisseurs doivent exiger des entreprises qu’elles respectent leurs engagements en nouant un dialogue actionnarial productif au lieu de fermer les yeux sur la situation (car cela ne fait que réduire le nombre d’investisseurs les incitant à s’améliorer). Cependant, cette approche nécessite de faire preuve de patience; des années peuvent s’écouler avant qu’une entreprise bascule vers un modèle économique moins productif de CO2. Les détenteurs d’actifs peuvent contribuer davantage au changement en s’engageant collectivement auprès des entreprises.

Focus sur la nouvelle source de capital

Les banques et les obligations aident considérablement les sociétés de combustibles fossiles à poursuivre leurs activités d’exploration et d’extraction. Leur soutien au secteur surpasse tout apport en capital fourni par les actionnaires. Les détenteurs d’actifs devraient refuser d’investir dans les obligations émises par ces sociétés et demander des comptes à celles qui continuent de fournir des capitaux au secteur afin de supprimer ce soutien financier devenu indispensable. Il convient également d’accorder davantage d’attention aux assureurs. Sans assurance couvrant les mines, les centrales électriques et leurs différents projets, les sociétés de combustibles fossiles éprouveront des difficultés à obtenir des financements et à mener à bien leurs projets, qu’ils soient nouveaux ou existants.

Résolutions d’actionnaires et vote contre la direction

Le nombre de résolutions d’actionnaires liées au changement climatique continue d’augmenter alors que les investisseurs cherchent à inciter les entreprises à rendre leurs activités compatibles avec un monde à 2°C. Le contenu des résolutions varie – un expert en changement climatique devrait siéger au conseil d’administration pour les uns, tandis que d’autres exigent la publication d’une déclaration annuelle des émissions de CO2. Bien que bon nombre de ces résolutions soient soutenues, certains des plus grands détenteurs d’actifs au monde votent contre. Convaincre ces acteurs permettrait de changer la donne et d’accélérer la transition des modèles économiques des entreprises.

Dialogue avec la sphère politique pour l’inciter à agir

Des politiques publiques plus efficaces sont nécessaires pour impulser les changements visés à l’échelle requise, ce qui implique que les détenteurs d’actifs s’engagent auprès des autorités publiques. Afin de modifier le statu quo, certains changements sont nécessaires, à commencer par une révision à la hausse des prix du carbone, des incitations à réduire la demande des consommateurs pour les énergies fossiles, un retrait progressif des moteurs essence et diesel et la fin des subventions et des financements à l’exportation considérables accordés à l’ensemble du secteur. La suppression progressive de ces sources importantes de financement pour l’industrie et la réaffectation des fonds aux énergies propres favoriseront la transition énergétique des pays à travers le monde.

 


Télécharger le rapport “Le désinvestissement – un véritable moteur de changement?” (pdf, 21 pages, en français)