Inutile de vous morfondre si vous craignez d’avoir manqué l’embellie sur les actifs émergents ! De nombreux pays en développement ont adopté des politiques responsables et une approche pragmatique, ce qui nous semble de bon augure pour leur future croissance. Cette période faste devrait donc se prolonger.

Par Shamaila Khan et Christian DiClementi

Les obligations des marchés émergents (ME) – libellées en dollar ou en monnaie locale – ont enregistré des rendements élevés durant l’année qui vient de s’écouler. Mais certains investisseurs craignent que la hausse des taux d’intérêt américains ne détourne les flux monétaires des actifs émergents et n’exerce une pression sur les bilans des gouvernements et des entreprises de ces pays.

Ces craintes auraient effectivement pu se réaliser. Mais, comme nous l’avons montré dans de précédents articles, les pays émergents, pris dans leur ensemble, sont bien moins vulnérables aux sorties de capitaux qu’ils ne l’étaient il y a quelques années. Ils le sont d’autant moins que nombre d’entre eux ont réduit leur déficit de financement externe. Cette évolution a renforcé les devises locales, dont beaucoup devraient s’apprécier si le récent affaiblissement du dollar américain se confirme. En outre, les pays émergents maîtrisent leur inflation, notamment grâce à la solidité du prix des matières premières. Les obligations des ME affichent donc des rendements réels corrigés de l’inflation qui comptent actuellement parmi les meilleurs du marché.

Enfin, les gouvernements des pays en développement adoptent actuellement des politiques budgétaires responsables et font preuve de pragmatisme. Les législateurs brésiliens ont par exemple voté un plafonnement des dépenses publiques et sont sur le point de réformer le système de retraite hypertrophié du pays. Les fruits de ces mesures transparaissent d’ores et déjà dans les chiffres de la croissance – et cette tendance devrait selon nous se confirmer.

 

Les investisseurs mondiaux sous-estiment encore la dette émergente

Malgré tout, les investisseurs n’ont que modérément investi dans les obligations émergentes – et notamment dans la dette en monnaie locale. Nombre d’entre eux ont réduit leur exposition entre 2013 et 2016, une période durant laquelle ces pays affichaient des fondamentaux moins prometteurs. Dans ce secteur du marché mondial du crédit, la valorisation des titres est donc plus attrayante que dans de nombreux autres qui sont à l’heure actuelle considérés comme tendus.

Les investisseurs seraient toutefois bien avisés de se montrer sélectifs en construisant leur exposition aux ME. Les solutions génériques sont habituellement peu performantes, quel que soit le secteur. Mais elles sont encore moins recommandées dans le cas des marchés émergents ; les analyses par pays et par secteur sont indispensables.

Prenons l’exemple latino-américain. Le Brésil et le Venezuela sont des pays limitrophes, mais leurs perspectives économiques sont on ne peut plus dissemblables. L’un de ces deux pays est engagé dans un processus de réforme alors que l’autre s’embourbe dans une grave crise politique qui dévaste son économie. Pourtant, le Venezuela fait partie de l’indice des obligations émergentes. Ceux qui souhaitent investir dans les ME doivent donc impérativement porter leur regard au-delà des indices de référence et adopter une approche active.

 

La Fed procède doucement mais sûrement

Certains risques échappent bien sûr au contrôle des responsables politiques des pays émergents, notamment celui d’une soudaine chute du cours des matières premières ou d’une réduction brutale de la tolérance au risque à l’échelle mondiale. C’est à l’heure actuelle un autre risque qui préoccupe les investisseurs. La Fed est en train d’augmenter ses taux d’intérêt, mais elle est également sur le point de commencer à réduire son imposant bilan en laissant arriver à échéance certaines des obligations achetées après la crise financière.

Bien sûr, personne ne peut anticiper avec précision des conséquences de ce relâchement de la relance monétaire. Mais la Fed a indiqué qu’elle procéderait très probablement de manière progressive à ce désengagement. En outre, nous pensons qu’elle communiquera clairement ses intentions au marché, comme elle l’a fait lors des hausses successives de ses taux d’intérêt.

À moins d’une surprise, nous pensons que ce resserrement monétaire ne perturbera que modérément les actifs émergents. Ces derniers sont en effet en bien meilleure posture que lors du dernier resserrement monétaire des marchés développés qui, en 2013, les avait ébranlé.

En bref, les investisseurs ont de bonnes raisons de s’intéresser à la dette des pays émergents : des fondamentaux économiques en progrès, des réformes économiques et politiques ainsi que des valorisations attrayantes. Autant de signaux qui nous laissent penser que l’embellie est loin d’être terminée.

 


Les opinions exprimées dans ce texte ne doivent être considérées ni comme le résultat d’une recherche ni comme un conseil ou une recommandation d’investissement. Elles ne sont pas nécessairement le reflet de celles des équipes de gestion de portefeuilles d’AB.