De l’énergie à la gestion de l’eau en passant par l’agriculture ou l’alimentation, le secteur de l’environnement se transforme sur de multiples fronts, impacté aussi bien par des tendances sociétales que par des avancées technologiques.

Jon Forster, co-gérant du fonds spécialisé Parvest Climate Impact, BNP Paribas Impax Asset Management

Ces 15 dernières années, quels sont les événements majeurs dont le fonds a été témoin sur le plan environnemental?

Durant cette période, le secteur de l’environnement est arrivé à maturité et s’est imposé comme un marché de croissance bien établi, surperformant même l’ensemble de l’économie mondiale. Cette évolution est attribuable à différents facteurs. Je commencerai par la multiplication des opportunités d’investissement sur les marchés émergents, notamment l’Inde et la Chine, du fait du développement des classes moyennes et de l’urbanisation croissante. Ces développements nécessitent souvent des investissements importants dans les infrastructures.

Il y aussi de nouveaux bouleversements, par exemple dans les processus de production où l’automatisation industrielle génère des gains d’efficacité.

Par ailleurs, les coûts liés à la fabrication et l’installation de panneaux solaires photovoltaïques et d’éoliennes terrestres ainsi qu’à la production d’électricité ont chuté, et continuent de le faire. Étant donné la baisse des coûts technologiques et d’installations dans plusieurs régions, les subventions aux énergies renouvelables sont réduites et, dans certains pays, l’électricité produite à partir de sources d’énergie renouvelables est en passe de devenir moins chère que celle produite grâce aux énergies fossiles traditionnelles.

Nous avons également observé des changements au plan politique. L’Accord de Paris sur le climat, ratifié par 194 pays, a fait la démonstration que les responsables politiques mondiaux avaient enfin accepté l’idée que le changement climatique était un enjeu majeur pour la société. Cette transition a des conséquences fondamentales pour les investisseurs en termes de cadres réglementaire et juridique. Par exemple, il est vraisemblable que les efforts destinés à empêcher la hausse des émissions de CO2 dans de nombreux pays s’intensifieront, ce qui aura forcément des conséquences en termes de risques pour ceux qui détiennent ou souhaitent effectuer des placements dans des combustibles fossiles à haute teneur en carbone.

Enfin, l’activité de fusions-acquisitions a récemment atteint des volumes conséquents assortis de primes élevées. Cela confirme selon nous l’attrait du secteur de l’environnement au regard des grands groupes industriels et financiers, qui sont les principaux acquéreurs.

 

Qu’englobe précisément le terme «secteur de l’environnement» aujourd’hui?

Il s’agit en premier lieu de l’énergie, de la gestion de l’eau, du traitement des déchets, ainsi que des aliments, de l’agriculture et de l’exploitation forestière durables.

 

Quels ont été les principaux leviers ayant permis d’exploiter ce secteur d’activité au cours des dix dernières années?

Depuis la création d’Impax, nous n’avons cessé de penser que l’évolution démographique, la raréfaction des ressources, les infrastructures inadaptées et les contraintes environnementales allaient profondément façonner les marchés. Concrètement, les valeurs liées à la gestion de l’eau et celles fournissant des solutions d’amélioration de l’efficacité énergétique ont fortement contribué à la surperformance de toutes nos principales stratégies par rapport à leur indices de référence au cours des cinq dernières années.

 

Quels seront les principaux leviers qui permettront d’exploiter ce secteur d’activité au cours des dix prochaines années?

Les tendances que je viens d’évoquer continuent de prendre de l’ampleur et accompagnent, selon nous, la transition vers une économie mondiale plus durable. Les véhicules électriques, la numérisation accrue du secteur de l’environnement et les inquiétudes grandissantes concernant la pollution plastique sont autant de leviers auxquels nous accordons une attention particulière. Nous avons été témoins d’une forte prise de conscience ces derniers mois, et les gouvernements apportent des réponses en proposant des interdictions et des taxes. Cela représente des opportunités pour les entreprises spécialisées dans le traitement de l’eau ou le recyclage, et pour celles qui développent des modes de conditionnement nouveaux et durables.

 

Quelles sont les entreprises qui proposent aujourd’hui les solutions les plus innovantes sur le plan environnemental?

Le récent tollé et les manœuvres politiques concernant la pollution plastique ont focalisé l’attention sur des entreprises qui proposent des méthodes de conditionnement plus durables.

Nous assistons également à des efforts d’innovation de la part d’entreprises qui fournissent des composants essentiels à la chaîne d’approvisionnement des véhicules hybrides et électriques, tels que les semi-conducteurs et les transducteurs.

Le contexte est actuellement propice aux technologies novatrices, comme l’intelligence artificielle, le big data ou l’Internet des objets.

 

Peut-on les considérer comme des réponses technologiques aux questions environnementales?

Elles contribuent à proposer des solutions aux défis environnementaux. Si l’on prend l’exemple du secteur de l’eau, les solutions de mesures avancées progressent presque deux fois plus vite que les compteurs d’eau classiques. Les compteurs intelligents jouent un rôle essentiel dans l’efficacité du comptage et de la facturation de l’eau, et par conséquent dans la réduction de sa consommation.

Pendant de nombreuses années, nous avons observé la progression des chiffres, l’accélération de la numérisation et le déploiement de modèles fondés sur l’utilisation de logiciels au sein du secteur de l’environnement. Or, la croissance et le taux de rentabilité élevé que ces entreprises proposent aux investisseurs nous semblent encourageants. L’utilisation intelligente des données et des outils d’optimisation permettent une efficacité accrue des processus et des réseaux dans les domaines du ferroviaire, de l’eau, de l’électricité, de l’agriculture, de la construction, de l’éclairage et de la gestion des bâtiments.

 

Cet article a été publié initialement dans le magazine SPHERE (N°9 – avril/juin 2018)