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Morgan C. Harting, CFA, CAIA Portfolio Manager—Multi-Asset Solutions

L’élan des investisseurs vers les ME s’est tari après dix mois de forte activité. Depuis l’élection présidentielle américaine, les pays et entreprises des ME se trouvent sous la menace de la hausse des taux d’intérêts américains et du raffermissement du dollar. Les promesses de Trump relatives à l’adoption de politiques protectionnistes ont alarmé de nombreux pays, du Mexique à la Chine. Le Brexit et le récent référendum italien ne sont que deux parmi les manifestations toujours plus nombreuses dans le monde entier de la menace d’inversion de la mondialisation que fait planer la montée des populismes, mondialisation dont les pays en développement ont bénéficié pendant des décennies.

Mais il convient de mettre les risques en perspective. L’évolution de l’ordre géopolitique est susceptible d’amoindrir l’influence américaine sur les pays en développement. Les tendances économiques nationales positives propres aux pays émergents pourraient compenser les dommages potentiels causés par les politiques américaines. Et les entreprises des marchés émergents dotées d’une relative imperméabilité aux incertitudes provenant des États-Unis peuvent encore offrir des opportunités.

 

Un nouvel ordre géopolitique ?

L’ordre géopolitique est en cours de réorientation vers les puissances émergentes. L’influence régionale de la Chine en Asie s’est renforcée. Malgré les sanctions décrétées par l’Occident, la Russie a de nouveau étendu son influence sur l’Ukraine, la Hongrie, la Bulgarie et différentes anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale.
Le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale ne sont plus les seules sources de financements d’urgence destinés aux pays émergents. Les institutions d’envergure mondiale sont moins efficaces dans leur mission de résolution des conflits régionaux. En bref, les pays émergents sont de moins en moins dépendants de sources externes pour générer de la croissance et mettre à disposition des aides d’urgence.

Affirmer son indépendance économique

Les pays en développement sont également en passe d’affirmer leur indépendance économique. L’accélération de la croissance économique que connaissent de nombreuses économies en développement repose sur des tendances domestiques – et non américaines. La Russie et le Brésil sont par exemple en train de sortir de récession pour entamer une reprise. Nous pensons que le fait que la croissance s’accélère dans d’autres économies émergentes pourrait bien compenser en partie l’impact du ralentissement chinois.

À l’instar du Brésil, les pays en développement ont, pour la plupart, maîtrisé leur inflation. Les quelques pays qui affichent de mauvais résultats en la matière, parmi lesquels le Venezuela, font figure d’exception. Et les taux d’intérêts réels sont suffisamment bas pour devenir un facteur stimulant pour de nombreux pays en développement.
Les balances extérieures ont subi des ajustements conséquents. De ce fait, les économies émergentes sont généralement moins dépendantes des capitaux étrangers – et donc moins vulnérables aux hausses des taux d’intérêts des marchés développés (MD).

Les inquiétudes que suscite le raffermissement du dollar sont peut-être exagérées. Parce que leurs produits et services bénéficieront d’une meilleure compétitivité à l’étranger, nombre d’entreprises exportatrices des ME devraient être en mesure d’améliorer leur rentabilité grâce à la faiblesse de leur monnaie locale par rapport au dollar.

Quelles sont les occasions à saisir ?

En analysant les risques macroéconomiques, les investisseurs pourront identifier différentes occasions à saisir. Les investisseurs en actions pourront par exemple axer leurs choix sur les entreprises à forte croissance qui sont en position de tirer profit des facteurs de croissance de nature domestique. La Chine, un pays dans lequel les entreprises s’approprient une part toujours plus grande des dépenses d’une classe moyenne en rapide expansion, abrite désormais des entreprises technologiques qui comptent parmi les plus rentables du monde et qui génèrent en outre une impressionnante croissance à long terme.

Il convient également d’accorder une certaine attention aux entreprises dont les actions affichent une valorisation attrayante et qui ont été négligées par les investisseurs internationaux pendant des années. Parmi celles-ci, on compte aujourd’hui les entreprises russes du domaine des matières premières industrielles qui bénéficient de coûts de production bas et sont bien positionnées pour tirer profit de la reprise à l’échelle nationale et mondiale. La valorisation des institutions financières coréennes semble elle aussi très attrayante, compte tenu de l’amélioration de la qualité de leurs avoirs et de leur courbe de rendement plus pentue.

L’approche par la valorisation des entreprises caractérisées par leur qualité et leur stabilité peut aussi s’avérer payante. Elle pourrait par exemple être appliquée aux entreprises du secteur des produits de consommation courante des pays émergents, dont les marques fortes ont capté la loyauté des aspirants à la classe moyenne.
Les actions des ME ont conservé une valorisation attrayante par comparaison avec leurs homologues des MD (voir le graphique). Compte tenu des bouleversements politiques majeurs qui secouent les grands pays développés, le temps est sans doute venu de reconsidérer l’escompte pour « risque politique » associé aux actions émergentes.

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La prudence budgétaire fait son retour en amérique latine

Les réformes politiques sont un facteur susceptible d’influencer les marchés obligataires. Prenons l’exemple de l’Amérique latine qui voit se déployer un arsenal répressif destiné à lutter contre la corruption, notamment dans des pays comme l’Argentine et le Brésil. Après des années de dépenses inconsidérées et de corruption pendant le boom économique des biens de consommation, les gouvernements actuels, plus favorables au monde des affaires, mettent en œuvre des politiques pro-croissance susceptibles de garantir une viabilité à long terme. Et, comme certains pays maîtrisent de mieux en mieux leur inflation, nombre d’obligations libellées en monnaies fortes présentent un attrait certain.

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Bien sûr, les marchés émergents vont devoir surmonter de nombreuses difficultés. Et il faudra du temps pour comprendre l’impact des nouvelles politiques américaines sur les pays en développement. Dans ce contexte incertain, il pourrait s’avérer rentable d’adopter une approche multi-actifs flexible. Nous pensons que la clé de la construction d’un portefeuille ME résilient réside dans une bonne combinaison d’actions, de créances et de monnaies, déterminée par le biais d’un processus minutieux de sélection des titres. Il conviendra certainement de surmonter des difficultés réelles, mais nous pensons que les investisseurs qui œuvreront à la maîtrise des risques pourront envisager de rester sur les marchés émergents en ces temps difficiles.

 


Les opinions exprimées dans ce texte ne doivent être considérées ni comme le résultat d’une recherche ni comme un conseil ou une recommandation d’investissement. Elles ne sont pas nécessairement le reflet de celles des équipes de gestion de portefeuilles d’AB.

Traduction : Aurélie Cailleaud