La robustesse du dernier rapport sur l’emploi américain avait laissé planer un doute que le patron de la Réserve fédérale (Fed), Jerome Powell, a vite dissipé lors de ses auditions devant le Congrès. La banque centrale américaine baissera bien son taux directeur, probablement de 0,25%, à l’occasion de sa réunion du 31 juillet.

Olivier de Berranger, CIO, La Financière de l’Echiquier

Le discours très prudent de M. Powell sur le contexte économique et son assurance que la Fed agira «de manière appropriée» ont levé les quelques incertitudes que de récents chiffres, meilleurs qu’attendus, avaient pu susciter. Avec une banque centrale américaine pleinement à la manœuvre, les marchés sont rassurés mais, après le fort rallye du premier semestre, ils évoluent sans grande tendance. Qu’est-ce qui pourrait donc infléchir cet équilibre, dans un sens ou dans l’autre?

La politique monétaire, tout d’abord. Si une baisse des taux de la Fed en juillet est quasiment actée, la suite est moins évidente. Les investisseurs continuent d’anticiper jusqu’à trois baisses en 2019, ce qui est assez éloigné du scénario de la banque centrale. Jamais la Fed n’a d’ailleurs procédé à trois baisses de taux consécutives en 6 mois, hors épisode de récession avérée, ce qui est loin d’être le cas aux Etats-Unis. Les anticipations des marchés risquent donc de se réajuster, entraînant alors une hausse de l’aversion au risque. Néanmoins, côté européen, la politique monétaire pourrait s’avérer au contraire une bonne surprise. Malgré un discours tout aussi clair que celui de la Fed, les actions à venir de la Banque centrale européenne (baisse du taux de dépôt, reprise des achats d’actifs et mesures compensatoires pour les banques) ne sont pas autant intégrées dans les prix. Leur mise en œuvre effective pourrait donc permettre aux marchés d’atteindre de nouveaux records.

Les résultats d’entreprises, ensuite. Alors que s’ouvre la période de publication des résultats du 2e trimestre, l’attention des investisseurs est grande, tant sur les chiffres communiqués par les entreprises que sur la tonalité des discours et le niveau des objectifs. Certains segments de la cote présentent des valorisations élevées, notamment les grandes valeurs défensives et les moyennes valeurs de croissance, et les déceptions s’y paieront cher. Avec des données macroéconomiques qui restent dégradées, une trop grande proportion de mauvais résultats pourrait entamer la confiance des investisseurs que, à court terme, la promesse d’action des banques centrales ne suffise plus à les rassurer. A l’inverse, de bonnes surprises sur les segments les plus cycliques de la cote, qui ont le moins rebondi depuis le début de l’année, donneraient un second souffle à la tendance haussière.

Le politique, enfin. Après l’accalmie des relations sino-américaines post-G20, et alors qu’un accord unilatéral et définitif ne semble toujours pas crédible, de mauvaises surprises sont à redouter. Les Etats-Unis continuent d’attaquer à tout-va dans le domaine commercial. Le département du Commerce s’apprête à ouvrir une enquête en riposte à la «taxe GAFAM» française, tandis que Donald Trump s’en prend à la politique douanière de l’Inde. Le sujet du Brexit ressurgira à l’automne, et la probable nomination de Boris Johnson pour succéder à Theresa May alimente le risque d’un «no-deal». Enfin, les tensions continuent de croître au Moyen-Orient, notamment avec l’Iran, entre reprise par Téhéran de son programme nucléaire et tensions grandissantes autour des tankers pétroliers dans le détroit d’Ormuz. Un conflit majeur dans la zone entraînerait très certainement un choc de confiance sur les marchés.

Alors que la trêve estivale commence et que les banques centrales continuent à se montrer aussi rassurantes que possible, les sujets d’attention restent nombreux pour les investisseurs!