Les principaux moteurs de la demande de soins de santé sont le vieillissement de la population, la hausse des revenus et l’innovation constante.

Stephan Patten, CFA
Managing Director & Chief Investment Officer

Alors que ces facteurs gagnent en importance, les dépenses de santé vont augmenter, entraînant une part encore plus étendue du PIB consacrée à la santé. En 2015, les dépenses de santé ont avoisiné 7 400 milliards USD et consommé environ 9,8% du PIB mondial. Les experts prévoient les taux de croissance les plus rapides dans la région Asie-Pacifique, où une convergence de facteurs donne lieu à une hausse de la demande et des dépenses. La Chine, à elle seule, devrait approcher les 900 milliards USD de dépenses annuelles de santé d’ici 2020-2021.

Par ailleurs, sur la plupart des marchés en développement et émergents, la tendance aux soins de santé universels et à la couverture accrue va se poursuivre, puisque les pouvoirs publics visent à réduire les frais à la charge des patients et à étendre l’accès. Ces efforts vont probablement encourager une coopération accrue avec le secteur privé, tout en augmentant les programmes d’investissement publics/privés. Par exemple, ces dernières années, la Chine a favorisé de plus en plus le recours aux partenariats publics-privés (PPP) afin de contribuer à améliorer les prestations des soins de santé.

La Chine, à elle seule, devrait approcher les 900 milliards USD de dépenses annuelles de santé d’ici 2020-2021.

Selon les Nations Unies (ONU), le nombre de personnes âgées de plus de 60 ans dans le monde a sensiblement augmenté ces dernières années et devrait s’accélérer au cours des prochaines décennies. Du fait de la longévité accrue, combinée aux changements démographiques (par exemple, des cohortes plus nombreuses de personnes âgées), davantage de seniors vivent plus longtemps. Par conséquent, le nombre d’individus âgés de 60 ans ou plus dans le monde devrait croître de 56% (de 901 millions à 1,4 milliard) entre 2015 et 2030. Comparé à l’année 2000, la catégorie de plus de 60 ans a progressé de 48% jusqu’en 2015.

Selon les Perspectives de la population mondiale publiées par les Nations Unies: la révision de 2017, en Allemagne, le groupe âgé de plus de 60 ans devrait croître rapidement de 27,3% de la population en 2015 à 34,7% en 2030. La révision de 2015 des Perspectives de la population mondiale des Nations Unies signale que d’ici 2030, le groupe de plus de 60 ans dans les pays développés va augmenter de 26% pour s’établir à 375 millions, tandis que dans les pays émergents/en développement, la population senior va atteindre 1 milliard, soit un taux de croissance de 71%. À mesure que ces catégories prennent de l’importance, la demande en soins de santé va exploser, puisque les personnes âgées nécessitent en moyenne trois à quatre fois plus de soins de santé (y compris les médicaments sur ordonnance) que les jeunes gens. Aux Etats-Unis, 39% de toutes les ordonnances ont été destinées aux patients âgés de 65 ans et plus, qui représentent 41% de la hausse depuis 2011.

La santé est un «bien supérieur», qui, en termes économiques, représente une part croissante de la consommation à mesure de l’augmentation du revenu.

Parallèlement, la classe moyenne est en plein essor à l’échelle du globe. Selon les estimations du Brooking’s Institute, environ deux-tiers de la population mondiale feront partie de la classe moyenne d’ici 2030. L’augmentation sera notamment marquée dans la région Asie-Pacifique, qui devrait représenter 88% de la croissance selon les prévisions. Cette hausse spectaculaire de la classe moyenne dans les pays émergents aura des effets sensibles sur la demande de soins de santé. Au fil de l’augmentation des revenus, notamment à partir des niveaux bas (comme c’est le cas sur la plupart des marchés émergents), la demande en soins de santé se développe généralement à un rythme plus rapide qu’aux niveaux de revenus plus élevés. La raison est que la santé est un «bien supérieur», qui, en termes économiques, comprend une part croissante de la consommation à mesure de l’augmentation du revenu. En outre, avec le développement de la classe moyenne, l’urbanisation croissante et les styles de vie sédentaires se manifestent. Ces particularités de la vie moderne, à leur tour, participent à l’incidence croissante de l’obésité et des maladies chroniques, telles que les maladies cardiaques et le diabète.

Croissance constante des marchés des soins de santé

Un autre aspect important à prendre en compte est le rôle joué par l’innovation dans l’émergence des marchés des soins de santé. Par exemple, au cours des deux dernières décennies, des marchés considérables des soins de santé ont été créés dans le traitement de l’hypertension artérielle pulmonaire (HAP), la sclérose en plaques, la maladie lysosomale et l’hépatite C. Ces quatre nouveaux marchés sont reconnus pour avoir généré plus de 42 milliards USD. Plusieurs autres segments se développent, notamment : fibrose pulmonaire idiopathique, myélofibrose, fibrose kystique, dystrophie musculaire de Duchenne et remplacement de valves aortiques par voie percutanée. En 2017, plus de 46 nouvelles entités moléculaires ont été approuvées par la FDA pour le traitement d’affections allant de la sclérose en plaques à la chorée associée à la maladie de Huntington. Au 31 mars 2018, 6 nouvelles entités moléculaires ont été approuvées par la FDA cette année, ce qui est de bon augure pour le secteur.

En 2017, plus de 46 nouvelles entités moléculaires ont été approuvées par la FDA pour le traitement d’affections diverses.

Le marché de la chirurgie rachidienne constitue un bon exemple d’un marché lié à la santé qui a connu une croissance significative ces dernières années due aux raisons exposées plus haut. L’arthrodèse rachidienne représente le moteur de croissance sur ce segment du marché. Le marché de la chirurgie rachidienne comprend trois grands groupes de fabricants de dispositifs : les fabricants diversifiés de matériel de technologie médicale/orthopédique (grandes capitalisations), les portefeuilles centrés exclusivement sur la chirurgie rachidienne (moyennes capitalisations) et les entreprises spécialisées sur la chirurgie rachidienne de petite capitalisation (ou privées).

L’augmentation de la chirurgie ambulatoire constitue une tendance notoire sur le marché américain. Entre 2005 et 2015, la part de la chirurgie rachidienne réalisée en ambulatoire aux Etats-Unis est passée de 5% à 45%. Cette croissance a été favorisée par les innovations dans les implants et les techniques de chirurgie mini-invasive (CMI). Les systèmes de navigation et de robotique accompagnant la chirurgie CMI se sont développés simultanément.

La CMI présente des avantages évidents en vue de limiter les dommages aux structures entourant le site du traitement. Selon l’approche (postérieure, antérieure ou latérale), l’accès au rachis peut être compliqué par la multitude de tissus, d’organes, de vaisseaux, de nerfs, et d’autres structures de la zone. La chirurgie ouverte traditionnelle endommage sensiblement ou risque d’endommager ces structures pour accéder au site ciblé du rachis. La CMI garantit des traitements moins traumatiques, des séjours plus courts en centres hospitaliers, et des risques moindres de complications. Toutefois, le médecin doit être capable de naviguer dans l’organisme pour atteindre le rachis, puis, avec un accès limité, de procéder à l’opération chirurgicale. Ce type de procédure exige une innovation technologique en matière d’imagerie, de navigation, de neuromonitorage, d’instruments de procédure et d’accès, et de conception de cages intersomatiques.

Les patients s’informant de plus en plus par eux-mêmes, ils incitent les chirurgiens à l’adoption de techniques chirurgicales innovantes.

Par exemple, les dispositifs expansibles permettent l’implantation de cages intersomatiques vertébrales via un accès nettement plus réduit que les dispositifs monoblocs traditionnels. Certains acteurs sont à l’origine de la mise au point de ces dispositifs innovants. Toutefois, l’agrément américain FDA 510 (k) requis pour la plupart des dispositifs constitue une barrière à l’entrée plus faible qu’une pré-autorisation de mise sur le marché (pré-AMM), et par conséquent, de nombreuses entreprises disposent de cages expansibles au sein de leur portefeuille, ou vont bientôt procéder à leur lancement.

Le rachis constitue le principal marché de l’orthopédie et les problèmes de colonne vertébrale représentent le second motif de visite chez le médecin après le rhume ordinaire. Cinq entreprises génèrent environ 70% des ventes du marché. Le marché de la chirurgie rachidienne affiche une croissance faible, mais stable. Cependant, il existe des changements majeurs au sein du marché, notamment le recours accru à la CMI et à ses technologies de base.

Parmi les obstacles à l’adoption de la CMI, citons la sous-catégorie limitée de cas à traiter et la nécessité de former les chirurgiens aux nouvelles techniques sophistiquées. Toutefois, selon le cas, la CMI offre des avantages au patient. Il s’agit également d’un formidable outil marketing, qui représente un facteur décisif d’augmentation des volumes de patients. Alors que les patients s’informent de plus en plus par eux-mêmes, ils incitent par ailleurs les chirurgiens à l’adoption de ces techniques chirurgicales innovantes.