Si vous regardez au-delà du rendement de 3 % sur les bons du Trésor américains à 10 ans, vous remarquerez que les taux sont également à la hausse ailleurs.

Christian Zeitler, Head of Central Europe, Legg Mason

Le Bloomberg Barclays Global Aggregate Yield to Worst vient d’atteindre 2 % (en date du 14 mai), bien au-dessus de son plus bas niveau annuel de 1,47 % le 7 septembre 2017. Presque tous les principaux rendements souverains à 5 ans sont plus élevés qu’à la fin de 2017. Les exceptions concernent les pays comme l’Espagne et la Grèce qui se normalisent après enduré d’importantes crises.

Les taux nominaux aux États-Unis se situent à l’extrémité supérieure de la norme mondiale, attirant les flux de capitaux à court terme et poussant le dollar à la hausse. Cette disparité s’explique notamment par les écarts entre les taux de croissance, l’inflation, l’indépendance de la banque centrale et la dynamique commerciale; le dosage change de minute en minute. En revanche, le contraste est grand avec les taux de la dette souveraine européenne à 5 ans: la Suisse et les Pays-Bas sont respectivement à -0,457% et 0,187%, tandis que le Royaume-Uni et l’Italie sont à 1,199% et 0,774%. Le taux de l’Allemagne est effectivement nul (0,005%).

En Asie, le taux à 5 ans du Japon est de -0,103%, tandis que l’Australie et la Chine sont respectivement de 2,2427% et 3,395%.

Les économies en difficulté du Brésil, de l’Argentine et de la Grèce ont une dette à 5 ans en dollars américains qui s’établit respectivement à 4,300 %, 6,682 % ($US) et 3,092 %. L’Argentine et la Turquie sont les malheureux gagnants dans la catégorie devises émergentes locales, avec des taux de 22,99% et 15,59%.

 

Rendement de référence à cinq ans
Source : Bloomberg, le 15 mai 2018 Les données historiques ne garantissent pas les évolutions futures. Les indices ne sont pas gérés et il n’est pas possible d’y investir directement. Les rendements de l’indice n’incluent pas les frais de gestion ou de souscription. Ces informations sont fournies à titre indicatif seulement et ne reflètent pas les performances d’un placement réel.

En hausse: les bénéfices des entreprises américaines rapatriés

C’est l’un des succès de la nouvelle loi fiscale: les entreprises américaines n’ont plus intérêt à garder à l’étranger les bénéfices qu’elles ont pu y réaliser. Les liquidités associées à ces bénéfices commencent à revenir aux Etats-Unis, avec des effets qui se font ressentir sur plusieurs segments du marché. Les fonds institutionnels américains du marché monétaire préférentiel en sont un bon exemple. L’Investment Company Institute des États-Unis note qu’au cours de la semaine qui s’est terminée le 9 mai, un montant net de 8,1 milliards de dollars a été affecté à ces stratégies, le plus élevé depuis le milieu de l’année 2016. Les fonds «prime» investissent dans des obligations d’entreprises à très court terme et des titres connexes, avec en général un rendement légèrement supérieur à celui des fonds limités par nature aux emprunts d’État. Le moment est propice ; les encours globaux des fonds «prime» sont maintenant de 204 milliards de dollars, soit le montant le plus élevé depuis septembre 2016, un mois avant que les réformes du marché monétaire n’entrent en vigueur en réaction aux agissements d’un fonds de premier plan qui avait alors essayé de “casser le dollar” et de ralentir les rachats.1 Plus de 800 milliards de dollars avaient fui à l’époque les fonds «prime», se réorientant vers des produits investis dans des emprunts d’État. Le 2 novembre 2016, ces fonds étaient tombés à 122 milliards de dollars d’actifs, selon l’ICI.

 

Encours des fonds du marché monétaire préférentiels 5/6/16 à 5/6/18
Source : Bloomberg, le 9 mai 2018

Ces transferts importent plus que le comportement du marché monétaire préférentiel. Les sociétés qui émettent ce papier peuvent réduire leur propre dette à court terme – un pilier pour le financement des rachats d’actions, des fusions et des flux de dividendes. En raison de la réduction des émissions, il pourrait en résulter une diminution de la quantité de papier disponible. Si la demande devait rester stable, cette pénurie pourrait exercer une pression à la baisse sur les rendements – l’un des rares endroits où s’exerce une telle pression à l’heure actuelle.

Le peso argentin – jusqu’à un point

Lundi, la banque centrale argentine, la BCRA, a pris une position importante pour défendre sa monnaie qui se détériore – et a remporté l’escarmouche qui a eu lieu le lendemain sur les marchés. La banque s’est engagée à verser 5 milliards de dollars sur le marché à 25 pesos par dollar américain, soit près de 10 % des réserves de change du pays. Mardi, le peso s’est maintenu à ce prix et a même augmenté à 23,77 avant de redescendre légèrement à 24,055.

Le succès de mardi comportait deux volets. Tout d’abord, une promesse aux banques du pays de tenir ferme sur le peso, ce qui a permis d’obtenir un certain soutien du secteur privé sur le marché. Ensuite, la devise argentine se négocie sur de faibles volumes; la Banque des règlements internationaux (BRI) a estimé que le peso s’échange pour environ 2 milliards de dollars par jour. Même le peso chilien se négocie plus — 12 milliards de dollars. Selon les comptes-rendus, 1,1 milliard de dollars sur les 5 milliards promis ont été échangés mardi, laissant beaucoup de munitions disponibles pour défendre le peso le lendemain.

 

Peso argentin par rapport au dollar des États-Unis 4/25/18 à 5/15/18
Source : Bloomberg, le 15 mai 2018

Cela efface-t-il l’avantage global de posséder des obligations émergentes en monnaie locale? Très probablement, cela dépend de l’obligation et du pays en question. Quoi qu’il en soit, ce changement pourrait être perçu comme l’un des nombreux effets secondaires dûs aux flux de fonds vers la dette américaine à court terme.


1. La plupart des fonds monétaires aux Etats-Unis affichaient des valeurs nettes d’inventaire par action de 1.00 dollar. Quand les rachats rendaient impossible leur maintien à 1.00 dollar sans infusion de capital, on disait alors de ces fonds qu’ils «cassaient le dollar».