Nous avons tiré quelques enseignements des fluctuations conjoncturelles qu’ont connues les marchés ces cinq dernières années. Nous en savons maintenant un peu plus sur la gestion du risque et avons compris, avant tout, que la protection à la baisse est un art délicat qui impose des ajustements et des recalibrages permanents.

Kent Hargis

Chris Marx

Sammy Suzuki

Les marchés actions ne sont jamais statiques.

Ces dernières années, les investisseurs en actions ont connu une période particulièrement faste marquée par une volatilité modérée.

Malgré cela, ils ont dû s’adapter à une conjoncture complexe. Les taux d’intérêt ont stagné à un niveau historiquement bas.

Les investisseurs en quête de revenu ont massivement misé sur les actions dotées d’un bon rendement du dividende. Les valorisations se sont élevées, notamment aux États-Unis. Enfin, les risques politiques sont devenus source d’instabilité.

Ne jamais négliger la protection à la baisse

Quand les marchés connaissent une croissance régulière, on peut aisément en arriver à négliger la gestion du risque. Mais nous pensons que les investisseurs avisés préparent leur portefeuille en l’absence de volatilité – quand les turbulences surviennent, il est souvent trop tard pour agir. Nous détaillons ci-après les trois grandes leçons que nous avons apprises sur la gestion du risque, des principes qui devraient sous-tendre toute stratégie de protection à la baisse.

De l’importance d’une vision plus complète du risque —Traditionnellement, les investisseurs évaluent le risque associé à un portefeuille au moyen de l’erreur de réplication (tracking error). Mais cette mesure de l’écart de performance entre un portefeuille et son indice de référence est un outil unidimensionnel peu sophistiqué. En cas de marché volatile ou baissier, la réplication de la performance de l’indice n’offre que peu de réconfort.

Dans le même ordre d’idée, les investisseurs pensent souvent qu’un portefeuille doté d’un bêta faible – ou d’une moindre sensibilité au marché – présente un niveau de risque inférieur à celui du marché. Il s’agit là encore d’une vérité toute relative. Dans certaines conditions, le bêta peut ne pas jouer son rôle d’indicateur du rendement. Par exemple, si vous achetez à un prix élevé une action à bêta faible très sensible aux taux d’intérêt, vous encourez plus de risques que prévu.

On peut mesurer plus efficacement le risque absolu au moyen de l’écart-type, mais cette méthode ne permet pas d’atteindre les résultats attendus par les investisseurs. Il est donc indispensable d’élargir la définition du risque en prenant en compte les notions essentielles de capture à la hausse et à la baisse – ce qui correspond à la part des mouvements haussiers ou baissiers qui se répercutera sur votre portefeuille. Nombre d’investisseurs considèrent la gestion du risque comme un simple outil de réduction des pertes en cas d’effondrement du marché. De plus, ils sont enclins à laisser leurs émotions guider leur processus décisionnel – ce qui peut par exemple les conduire à vendre juste après avoir essuyé une grosse perte. En lissant leur modèle de rendement, ils obtiendront des résultats à la fois meilleurs et plus gratifiants.

De la dynamique de la défense — Dans les placements comme dans le sport, les stratégies défensives doivent être ajustées en fonction des circonstances. Une stratégie efficace hier pourra s’avérer désastreuse demain sur un autre marché ou dans une conjoncture différente.

Depuis longtemps, on considère les services publics et la télécommunication comme des secteurs défensifs. Mais ils pourraient ne plus l’être si les taux d’intérêt augmentent (enfin). Les actions du marché des biens de consommation sont-elles toutes aussi sûres qu’on le pense ? Pas nécessairement. Elles le seront d’autant moins si Amazon révolutionne le secteur de la vente au détail ou si de jeunes pousses créent de nouvelles marques viables par le biais des médias non traditionnels. Compte tenu du niveau relativement élevé de leur valorisation, ces positions défensives traditionnelles pourraient bien perdre leur statut.

Il y a vingt ans, l’énergie était considérée comme un secteur « refuge » par de nombreux investisseurs. Mais ce sont désormais les entreprises fortement capitalisées du secteur de la technologie – notamment celles qui produisent des logiciels d’entreprise – qui génèrent les flux de trésorerie les plus stables. Les temps ont changé !

La leçon à retenir est donc simple. Quand on élabore une stratégie défensive, il ne faut pas recycler les vielles recettes. Il convient au contraire d’examiner soigneusement les comportements et sensibilités qui prévalent sur le marché ainsi que les nouvelles forces porteuses de changement qui pourraient mener à une redéfinition de la notion de sûreté.

De la diversité des entreprises dites stables — Dans leur quête de stabilité, les investisseurs avisés ne se limiteront pas aux idées préconçues. Ils iront au-delà de la stratégie qui consiste à investir dans certains secteurs (services publics, biens de consommation) ou selon certains critères (bêta faible).

Pour trouver la stabilité, il convient d’adopter une approche plus sophistiquée fondée sur l’identification d’entreprises de très bonne qualité dotées d’une moindre sensibilité au marché ou à l’économie. Il faut déployer des efforts considérables pour dénicher ces pépites dissimulées dans tous les secteurs du marché. Certaines sont bien positionnées pour tirer profit des tendances de fond qui modifieront leur industrie à long terme. D’autres affichent une forme de stabilité sous-tendue par divers avantages concurrentiels – notamment dans le domaine des coûts. D’autres encore mènent leurs activités dans des marchés dotés d’avantages structurels ou dans des contextes réglementaires favorables. Parmi les entreprises que nous avons repérées, aucune ne relève des secteurs « refuge » traditionnels. Elles présentent différents degrés de stabilité et opèrent dans des domaines divers comme la technologie, l’industrie et la finance.

Un portefeuille fondé sur ces trois principes subira des pertes moindres en cas de ralentissement du marché et se redressera plus rapidement en cas de rebond. Que les marchés soient volatiles ou non, les investisseurs avisés devraient toujours être prêts à se réorienter vers la protection à la baisse – parce que les risques évoluent sans cesse.

 


Les opinions exprimées dans ce texte ne doivent être considérées ni comme le résultat d’une recherche ni comme un conseil ou une recommandation d’investissement. Elles ne sont pas nécessairement le reflet de celles des équipes de gestion de portefeuilles d’AB.