Pour l'analyste Michael van der Meer, les Objectifs de développement durable (ODD) peuvent être utilisés pour apprécier la capacité des entreprises à servir la société.

En bref

  • Les entreprises doivent fonctionner dans le cadre d’un système interdépendant plus vaste
  • Les modèles traditionnels de gestion de portefeuille n’en tiennent pas suffisamment compte
  • Les ODD offrent un cadre utile pour la mise en œuvre d’une approche plus globale

Michael van der Meer estime que les 17 objectifs des Nations unies, qui vont de l’éradication de la pauvreté à la lutte contre le changement climatique, constituent un moyen utile pour évaluer l’engagement durable, car dans le monde moderne «aucune entreprise n’est une île». Il y voit aussi d’excellentes opportunités d’investissement.

Robeco et RobecoSAM ont développé un processus en trois étapes qui permet de calculer comment chaque entreprise peut contribuer à atteindre les objectifs, et proposent trois fonds qui investissent dans les obligations des entreprises contribuant le plus aux ODD.

Les entreprises qui n’agissaient autrefois que dans leur propre intérêt ont progressivement évolué et sont devenues moins égoïstes, mais nombre d’entre elles n’ont pas encore reconnu l’impératif de durabilité, explique Michael Van der Meer, Senior Sustainable Investing Analyst pour les marchés émergents chez RobecoSAM.

Un écosystème économique plus vaste

«Au départ, les entreprises ont adopté une vision du monde centrée sur elles-mêmes, selon laquelle leur unique but était de maximiser leurs profits et un comportement vertueux ne servait qu’à éviter les amendes», écrit-il dans un article pour le RobecoSAM Yearbook 2019.

«Plus tard, lorsque les entreprises ont reconnu leur rôle d’agents dans un écosystème économique plus vaste, elles ont commencé à accepter et à adopter les principes de base de la responsabilité d’entreprise, bien que ce fût d’abord associé à la philanthropie d’entreprise. Les entreprises commencent maintenant à voir les mérites d’une approche pleinement intégrée de la durabilité — intégrant responsabilité d’entreprise et prise de décisions stratégiques —, la durabilité étant perçue comme un impératif pour assurer leur succès à long terme.»

«Pour obtenir les rendements attendus sur le long terme, les investisseurs doivent également être conscients des interdépendances qui caractérisent l’environnement dans lequel les entreprises évoluent. Dans ce contexte, les ODD constituent un cadre utile pour évaluer si les entreprises créent des produits et services qui ont une valeur à long terme pour la société. Seules ces entreprises auront le potentiel de s’adapter et de prospérer à long terme, ce qui les qualifie pour l’investissement durable.»

«Ce qui est perçu comme des inefficacités à court terme – par exemple, le fait de payer un salaire supérieur au salaire minimum, qui participe à différents ODD, dont «pas de pauvreté», «travail décent» et «bonne santé et bien-être» – augmente la durabilité à plus long terme des portefeuilles et devrait donc être pris en compte dans les décisions d’investissement.»

Éviter le réductionnisme

Michael Van der Meer admet que l’un des problèmes des ODD est qu’ils sont trop vastes et trop complexes pour fixer les priorités de façon efficace, en particulier pour les gouvernements. Parallèlement, l’industrie financière adopte souvent une approche «réductionniste», à travers laquelle des phénomènes complexes sont réduits à la somme de leurs parties. Cela ne facilite pas l’investissement à long terme dans un monde caractérisé par des problèmes interdépendants aux multiples aspects.

«Dans la finance traditionnelle, on suppose que les investissements sont indépendants et non corrélés», explique-t-il. «Cette façon de penser est apparente dans les méthodes d’analyse des entreprises, comme l’actualisation des flux de trésorerie appliquée de façon isolée. Bien que simples à mettre en œuvre, ces modèles souffrent d’horizons temporels limités (3 à 5 ans), ce qui signifie que les événements non linéaires qui se matérialisent à long terme sont généralement exclus.»

«La théorie moderne du portefeuille (TMP) a progressé en reconnaissant que différents actifs se comportent et interagissent différemment. Cette acceptation des interdépendances est ce que nous considérons aujourd’hui comme la finance conventionnelle. L’étude des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) ayant un impact sur les rendements attendus est une autre approche permettant d’élargir l’analyse.»

Investisseurs universels

Une institution qui est devenue centrale pour aligner les objectifs des investisseurs sur ceux de la société est «l’investisseur universel», poursuit Michael Van der Meer. Il s’agit d’investisseurs institutionnels dont les portefeuilles à long terme sont très diversifiés et représentatifs des marchés financiers mondiaux, comme les fonds de pension.

«On dit que les investisseurs universels ont un intérêt disproportionné à assurer la durabilité de leurs portefeuilles, parce qu’ils doivent obtenir des rendements aujourd’hui mais aussi, et surtout, sur le très long terme», explique-t-il. «Par exemple, aux États-Unis, les investisseurs ayant de tels engagements à long terme (plus de 10 ans) détiennent près de la moitié des marchés actions nationaux.»

«Au bout du compte, la société dans son ensemble a intérêt à ce que les investisseurs universels puissent obtenir un rendement durable sur le capital investi, car ses membres sont les bénéficiaires directs et indirects (ou peut-être les ultimes détenteurs des créances) de leurs décisions.»

 


Lisez l’article complet «No Firm is an Island: using the SDGs to bridge modern portfolio management to the future» («Aucune entreprise n’est une île : utiliser les ODD pour tourner la gestion de portefeuille moderne vers l’avenir»),

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